Approche

 

 

"Chemin faisant, pause après pause, le regard s'attarde, chaque fois avec une profondeur et une résonance nouvelle... Comme bercé, enivré, il pénètre une ambiance, une scène, un jeu de lumière, et se perd en y pressentant des univers entiers et infinis. Car c'est là, de ces interstices, que jaillit la vision photographique."

 

 

 

  • Istanbul Hüzün

 

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Mégapole tentaculaire, en agitation permanente, ville-monde tumultueuse et spectaculaire, presque chaotique, Istanbul est aussi fascinante qu'épuisante. De dédalles de rues en marchés labyrinthiques, elle offre aux yeux comme aux oreilles une profusion de vie et de contrastes si intense qu'elle en retrouve quelques saveurs de son rayonnement d'antan.

 

Car Istanbul, c'est aussi l'histoire d'une ville déchue, reconstruite frénétiquement sur l'abîme de son passé, et qui révèle, à côté de la circulation infernale, de sa foule impressionnante, un visage intime, rêveur, qui s'évade et qui s'oublie. Parfois les beautés les plus profondes sont celles qui s'empreignent de la plus impénétrable tristesse, et de la plus incroyable épopée. Ainsi l'Hüzün, cette mélancolie spécifiquement turque, semble saisir tout un peuple, balancé entre fierté d'être et nostalgie d'avoir été. En particulier à Istanbul, où ce spleen vient se cristalliser jusque dans le plus dérisoire témoin de sa splendeur disparue.

 

Peut-être alors l'aura de l'ancienne Byzance ou de la vieille Constantinople vient-elle se rappeler aux esprits des héritiers d'une ville anciennement capitale d'immenses empires, et dont la légende et la gloire passées animent encore l'âme secrète de ses habitants.
Peut-être aussi le Bosphore interroge-t-il toujours et encore, à chaque vision, chaque traversée, sur une cité unique qui a pris la liberté d'hésiter entre plusieurs continents.
Peut-être enfin est-ce tout simplement le lot commun de toute métropole devenue trop grande, où l'humain cherche sa place dans la foule, dans des espaces urbanisés démesurés, et où il finit comme partout à n'être plus qu'une ombre, un reflet ou une silhouette perdue dans son univers.

 

« Istanbul Hüzün » propose une vision des humeurs d'une ville rattrapée dans sa course par son aura collective. Surpris dans une attitude, dans une pensée, les Stambouliotes y livrent des figures de méditation, d'interrogation, dévoilant des tableaux où le temps paraît se suspendre à lui-même. Comme pour mieux se rejoindre, et se retrouver.

 

 

 

 

  • Eldorado

 

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Chacun son Eldorado. Le mien se situe en Espagne. Ce qui fait de moi une sorte de deconquistador, ou un conquistador à l'envers, si l'on veut. Avec tout de même un point commun, moi aussi je suis à la recherche d'un mythe, d'un simple mirage. Et l'or qui m'appelle, ce sont des visions, puissantes, directes, jaillissant en panoramique de ces vastes terres pleines de silences et de matières.

 

 

Plateaux désertiques, montagnes lointaines, routes sans fin, villages isolés, voici l'espace de conquête de mon imagination, mon Far West à moi. L'Espagne de la poussière, du soleil et du vent. L'Espagne de Sergio Leone, immense, brute, filmique. L'Espagne qui me saute aux yeux, qui m'assaille et m'obsède. Celle qui m'oblige à tourner sans cesse, traversant sans m'arrêter des régions entières où rien ne m'inspire, où rien ne transpire. Je fonce à droite, à gauche, à l'instinct, comme attiré par les oasis où je vais pouvoir épancher ma soif imaginaire.

 

 

Mon Eldorado se trouve en Espagne, et nul ne peut l'expliquer. J'y photographie le film que je finis par être persuadé de vivre. Un film d'aventure, intense et intime, sans histoire ni héros, avec pour simple scénario une seule légende : Ne pensez pas à ce que vous voyez, voyez ce que vous pensez.

 

 

 

 

  • Beyond New York

 

 

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Crises, attentats, scandales financiers, rebondissements permanents, réussites spectaculaires... Alors, comment vas-tu, New York ? Combien de temps peut-on ainsi rester éternel ?

 

New York. Tour à tour ville superficielle, cynique, arrogante, infâme, puis, la seconde d'après, ville magique, captivante, tolérante, inventive. Assailli d'entrée de jeu par mille pensées, rapidement saturé d'images, je marche dans le Bronx, sur les longues avenues de Midtown, écumant Manhattan block par block. Les jours passent, je suis dépassé, et un peu ivre. Peut-être que le virus me gagne, moi aussi. Dans les vents froids de décembre, je sens ces millions de consciences animales transpirer, déterminées à survivre dans un invraisemblable concentré du monde moderne.

 

Un monde dont la silhouette mythique et gigantesque s'est dressée en ramifiant toutes les excroissances possibles de Wall Street. Alors, je lève les yeux vers ces mastodontes de fer et de béton, et tout d'un coup j'y devine comme l'aplomb puissant et contradictoire d'un immense iceberg. Stable, mais condamné à la dérive. Laissant couler derrière lui une sensation inconnue, celle de vivre la décadence d'un monde, et son âge d'or en même temps.

 

Ephémère, éternelle, New York, la ville paradoxe. A l'arrachée, presque douloureusement, j'en ai saisi des fragments emplis du grain noir que j'avais en tête. Des fragments bénis, et maudits à la fois, qui in fine racontent un bout de notre histoire à tous.