Par pure fascination. J'aime cet univers à la fois brut et onirique, cette simplification du réel qui paradoxalement en dédouble le sens et les interprétations. Nous savons qu'il s'agit d'une vision du monde, d'une image, du coup il n'y a pas de conflit avec la raison, la question piège de la vérité photographique ne se pose plus.
Qu'appelles-tu photographie post-humaniste ?
Il s'agit de prendre acte de la fin d'une époque. L'euphorie de l'après guerre, les trente glorieuses, le plein emploi, l'illusion du progrès continu, tout ça, c'est terminé. Depuis 1973, la période que nous traversons s'appelle la crise. Avec elle, nous réalisons petit à petit que l'Homme n'est pas la finalité du monde qu'il se construit, mais plutôt la variable d'ajustement.
La photographie post-humaniste traduit ce déclassement, ce glissement générationnel.
D'un regard tendre qui plaçait l'homme comme sujet central, comme acteur, ce glissement appelle à un regard plus dur, plus déconcertant, où l'homme, comme réduit à un simple marqueur d'espace, silhouette, ombre, reflet, n'occupe le plus souvent qu'une place périphérique dans la composition, celle d'un être un peu perdu dans son propre univers.
Et la photographie subjective ?
A l'inverse de la photographie post-humaniste, qui à mon avis existe depuis plusieurs dizaines d'années sans avoir été théorisée ni même nommée, la photographie subjective se réfère à un courant bien établi depuis Otto Steiner et le début des années 50. Je l'ai assimilée de cette manière : un travail graphique et formel, mais jamais abstrait, qui joue sur l'inconscient et l'imaginaire collectif en traitant les objets et les choses les plus banals pour leur insuffler une dimension métaphorique et intime.
Je pense que "post-humaniste" et "subjective" recouvrent à eux deux la quasi-totalité de mon inspiration photographique.
Que cherches-tu à montrer à travers tes photographies ?
Cette question suppose indirectement que la photographie serait seulement un moyen et non pas une fin, et je n'en suis pas convaincu. L'idée ici est de rester en connexion avec l'intuition, de ne pas l'entraver avec des concepts ou des discours. Une création s'écrit souvent à la frontière entre l'imaginaire et le réel. Alors je cherche simplement à obéir à mon instinct, à mon inconscient, et je photographie la manière dont tout cela se mélange avec ce que je rencontre.
En même temps, j'associe la photographie au calme, à une sorte de trêve, d'équilibre du chaos. J'aime me frotter à l'ineffable, accepter l'ambivalence des choses, leur nécessité et leur contingence.
Y-a-t-il des textes qui accompagnent les séries ?
Pour certaines séries, oui. Ces textes sont disponibles à la page « à propos ». Mais au final, je tiens à préciser que de mon point de vue une photographie existe par et pour elle-même, indépendamment de toute explication.
Pourquoi rester à l'argentique, et ne pas passer au numérique ?
Il s'agit d'un choix plus affectif que raisonné. J'ai commencé avec l'argentique, et j'en suis tombé amoureux. Alors pourquoi changer ? Et puis je suis attaché à l'existence physique du négatif, j'aime ce rapport à la matière, au grain. Chaque négatif a une âme, une personnalité, et c'est elle qui donne une tonalité unique à chaque photographie.
L'argentique ne coûte-t-il pas trop cher ?
Pas vraiment. Mes optiques et mes boitiers sont très bons, et je les ai eus pour presque rien. En numérique, à qualité égale, j'aurais dû investir des milliers d'euros, et sans doute changer plusieurs fois d'équipement, histoire de profiter des améliorations successives.
A côté de cela, j'achète mes films par lots, et je les développe moi-même dans la salle de bains. Une chose est sûre, je suis bien loin d'avoir dépensé dans ce poste ce que j'ai économisé en équipement.
Quel est l'intérêt de numériser tes négatifs ? Comment traites-tu tes images ?
Je suis en fait à la croisée des mondes, entre argentique et numérique, et j'essaye de tirer le meilleur parti des deux. J'utilise un scanner dédié aux négatifs, puis je traite l'image sur logiciel, en respectant l'esprit de l'agrandisseur, c'est-à-dire je me contente d'ajuster la lumière et le contraste. Mais tirer sous un vrai agrandisseur reste ultra pointu et ultra chronophage, sans compter la chimie et le papier qui sont assez onéreux.
Une fois numérisée, la repique d'une image est enregistrée, ce qui libère du temps pour en traiter de nouvelles. Je visualise sur écran autant d'images que je veux, ce qui facilite les sélections. De plus, j'accède aux minilabs, comme à toute la technologie jet d'encre, fine art inclus. Donc je peux produire des dossiers ou des expositions de qualité sans me ruiner, tout en conservant la possibilité de réaliser des tirages barytés faits main par la suite.
Et puis, bien sûr, cela me donne un accès facile au web.
Fais-tu des expositions ?
Quelques-unes ! Si j'ai une exposition en cours ou prévue pour dans peu de temps, elle se trouve à la page « infos ». La liste des expositions passées est à la page « expositions ».
Est-ce que tu vends tes photos ? Combien ?
Oui, il est possible d'acheter des tirages par le biais de ce site, à partir de 30 euros. Tous les détails ici.
Quel matériel utilises-tu ? Quels films ? Quel scanner ? As-tu des préférences ?
Presque tout est dit à la page « équipement » !
Quelles sont tes influences ?
Nombreuses ! Même s'il est en fait difficile de savoir dans quelle mesure elles m'influencent réellement... Mais j'ai tout de même tenté une liste ici.
Est-ce que tu vis de la photographie ?
Disons que je vis pour la photographie et non de la photographie, et que mon but à cet instant est plus de ne pas en mourir que d'en vivre.
Acceptes-tu les travaux de commandes ?
Sur un coup de coeur, pourquoi pas. Mais mon idée reste de photographier ce que j'ai en tête, je n'ai aucun talent pour répondre à une attente précise. Je ne suis pas un commercial. Si j'ai déjà fait une photo qui correspond à une demande, alors tant mieux.
Tu vises le marché de l'Art ?
Non plus ! Le marché de l'Art est encore plus aberrant que le marché financier.
De quoi vis-tu alors ?
Si cela vous inquiète vraiment, sachez que j'accepte les dons, et que j'étudie avec soin toute proposition de mécénat.
Quelles sont tes destinations favorites ? Quels pays as-tu déjà visités ?
A l'heure actuelle, ma préférence va incontestablement à l'Espagne. Ce pays est un véritable film grandeur nature. J'ai beaucoup aimé la Turquie, aussi. En fin de page "équipement" se trouve une carte recensant tous les pays visités.
J'espère pouvoir voyager un jour au Mexique, au Chili, en Argentine, ou encore au Turkménistan, au Kazakhstan... Bref ce n'est pas fini !
Comment voyages-tu ?
Le plus souvent avec ma Clio, qui me sert également d'hôtel et de restaurant. J'aime être sur les routes, lire des cartes. J'aime dormir dans des endroits toujours différents, j'en trouve régulièrement de magnifiques, et je me sens alors comme un privilégié. Je savoure toujours ces moments-là.
Je me pose une question, mais elle n'est pas dans la FAQ. Est-ce que je peux te la poser quand même ?
Oui ! Le formulaire de contact est aussi là pour ça. Et du coup elle apparaîtra peut-être ici.
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