Romann Ramshorn

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L'essence de la photographie et la singularité de la photographie noir et blanc argentique.

 

En argentique, une émulsion photosensible réagit proportionnellement à la quantité de lumière absorbée sur chaque partie de sa surface. Des ions et des atomes se structurent. Le processus est simple, en affectant un support, la lumière y sculpte son impact.

 

En numérique, le procédé est en soi identique, à la différence près que le capteur encode la lumière sous forme de signaux électroniques qu'un processeur traite pour créer une image. En cela, le numérique se rapproche plus de la vision humaine, des données traduites et interprétées par le cerveau. L'argentique, lui, enregistre physiquement la mémoire de la lumière, et son équivalent naturel serait plus le fossile que la vue.

 

Fondamentalement, la photographie est un dérivé du réel. Elle conserve une trace, une empreinte limite de ce qui a été. Le monde est radicalement saisi avec une simplicité déconcertante. En seulement deux dimensions, la photographie enferme l'espace et le temps. Il est impossible de simplifier d'avantage le réel, sans perdre le réel.

 

La profusion de photographies ne dilue pas son mystère. Par nature, elle se distingue de tout autre mode d'expression. Une photographie est le résultat d'une chose photographiée. Autrement dit, l'existence d'une photographie présuppose l'existence de son sujet.

 

Par sa surface concrète, l'argentique matérialise cette relation sujet/objet. Une fois révélé, un négatif incarne la magie du procédé photographique, comme une preuve ambiguë que la collision a bien eu lieu.

 

Le noir et blanc symbolise un parti-pris, longtemps marque de fabrique, de la photographie. Vis-à-vis du réel, une photographie noir et blanc déclare son indépendance sitôt son résultat obtenu, quand la couleur prolonge l'illusion de sa subordination.

 

La photographie dérive du réel, aussi pour se réaliser pleinement elle doit s'affranchir de son sujet, c'est-à-dire l'appréhender comme objet, afin de devenir elle-même son propre sujet.

 

Un photographe ne fixe jamais la réalité, il enregistre une vision.

 

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